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Analyser un document historique

Distinguer ce qu'un document permet d'affirmer et ce qui demande une vérification.

Les étapes

  1. Repère l'auteur, la date, le destinataire et le type de document. Replace-les dans le contexte étudié.
  2. Relis la question. Explique quelle information du document permet d'y répondre : c'est sa pertinence.
  3. Examine la position de l'auteur, son accès aux faits et son intention. Justifie chaque raison de lui faire confiance ou de rester prudent.
  4. Compare les documents. Précise le point sur lequel ils se confirment ou se contredisent, en citant les passages utiles.
  5. Rédige une réponse qui lie chaque jugement à une information précise du dossier. Une source engagée peut rester utile.

Une séance de 15 minutes

Lis la consigne et les documents, puis rédige ta réponse avant d'ouvrir la correction. Compare ensuite les étapes du corrigé à ton raisonnement.

Exercice de méthode

Documents fictifs, ville industrielle de Valmont, 1890.

Document 1 : lettre du propriétaire d'une usine à ses investisseurs

Notre atelier emploie cent personnes. Les ouvriers disposent de bonnes conditions de travail et la production a doublé en cinq ans.

Document 2 : rapport d'un inspecteur après une visite

Le 4 juin, l'atelier est mal ventilé et plusieurs machines ne possèdent pas de protection. L'inspection n'a pas porté sur les autres ateliers.

Consigne

Ces documents permettent-ils d'affirmer que les conditions de travail sont bonnes dans toute l'usine ? Justifie leur pertinence et leur fiabilité.

Voir la réponse expliquée

Pertinence

Les deux documents concernent les conditions de travail dans cette usine en 1890. Ils sont donc pertinents pour la question. La hausse de la production ne prouve toutefois pas la qualité des conditions de travail.

La réponse relie le contenu des sources à la question, puis écarte un argument qui ne répond pas au problème.

Fiabilité

Le propriétaire connaît son usine, mais il écrit à des investisseurs : il a intérêt à présenter son activité favorablement. L'inspecteur décrit des faits observés lors d'une visite ; son constat est précis, mais limité à un atelier et à une journée.

Chaque jugement est justifié par l'auteur, le destinataire ou les conditions d'observation.

Recoupement et conclusion

Le manque de ventilation et de protection contredit l'affirmation générale du propriétaire. On ne peut pas conclure que les conditions sont bonnes partout. Il faudrait d'autres observations pour décrire l'ensemble de l'usine.

La réponse nomme le point de contradiction et garde une conclusion proportionnée aux documents.

Pour continuer

Exercice 1

Critique des documents. La question sociale au XIXe siècle.

Problématique : Comment a-t-on répondu à la question sociale en Europe au XIXe siècle ?

Question 1. Pour chacun des documents 1, 2, 3 et 4, dites s'il est pertinent pour répondre à la problématique (oui ou non) et justifiez ; s'il ne l'est pas, expliquez pourquoi. (10 points)
Question 2. Pour chacun des documents 5 et 6, donnez deux raisons de lui faire confiance et deux raisons de vous en méfier. (8 points)

Ce que le correcteur regarde.
- Pertinence : un verdict clair pour chaque document, puis une justification qui confronte le contenu du document au thème, au lieu et à l'époque de la problématique. Un titre d'ouvrage ne tient pas lieu de thème, et la date où un document est produit n'est pas toujours celle des faits dont il parle.
- Fiabilité : pour chaque document demandé, des raisons correctes et justifiées avec des éléments du dossier.

Document 1 – Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (extraits)

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. […] En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette proposition unique : abolition de la propriété privée. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Source : Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, Londres, février 1848, traduction de Laura Lafargue, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) : philosophes et économistes allemands. Marx vit à Bruxelles de 1845 à 1848 ; le Manifeste est rédigé pour la Ligue des communistes, une organisation d'ouvriers et d'intellectuels.


Document 2 – Émile Zola, Germinal (extrait)

« Jeanlin, sans attendre son père, alla lui aussi prendre sa lampe, avec Bébert, gros garçon naïf, et Lydie, chétive fillette de dix ans. »

Source : Émile Zola, Germinal, Paris, G. Charpentier, 1885, première partie, chapitre III, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Émile Zola (1840-1902) : écrivain français, chef de file du naturalisme. Germinal est un roman : l'action se passe dans une mine du nord de la France, sous le Second Empire, dans un village imaginaire. Zola s'est documenté sur place, près d'Anzin, en 1884.


Document 3 – La loi du 13 décembre 1889 sur le travail des femmes et des enfants

La loi belge du 13 décembre 1889 sur le travail des femmes, des adolescents et des enfants dans les établissements industriels est la première à réglementer ce travail en Belgique. Elle :

  • fixe à 12 ans l'âge minimum pour être employé dans l'industrie ;
  • interdit le travail de nuit aux garçons de moins de 16 ans et aux filles et jeunes femmes de moins de 21 ans ;
  • charge des fonctionnaires de contrôler dans les entreprises que la loi est respectée.

Source : Résumé rédigé par Capcess (document fictif dans sa forme) d'après le texte de la loi, Moniteur belge, 1889, et les synthèses de Clio2web (UCLouvain) et de Wikipédia, consulté le 29 septembre 2026.

Moniteur belge : journal officiel de l'État belge, où les lois sont publiées.


Document 4 – Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (extraits)

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. […] Les propriétés étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. »

Source : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Assemblée nationale constituante, France, août 1789, articles 1 et 17, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Assemblée nationale constituante : assemblée élue en 1789 qui rédige la première constitution de la France révolutionnaire.


Document 5 – Frédéric Bastiat, La Loi (extraits)

« Existence, Facultés, Assimilation – en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, – voilà l’homme. […] Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense. […] la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes. »

Source : Frédéric Bastiat, La Loi, Paris, 1850, dans Œuvres complètes, tome 4, Guillaumin, 1863, p. 342-393, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Frédéric Bastiat (1801-1850) : économiste et député français, défenseur du libre-échange et du libéralisme. La Loi est publiée quelques mois avant sa mort, dans un débat contre les idées socialistes.


Document 6 – Léon XIII, encyclique Rerum novarum (extraits)

« Ainsi, cette conversion de la propriété privée en propriété collective, préconisée par le socialisme, n'aurait d'autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait même, tout espoir et toute possibilité d'agrandir leur patrimoine et d'améliorer leur situation. […] L'erreur capitale, dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre […] Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. […] Il sera donc préférable d'en réserver en principe la solution aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin, ou de recourir à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers et d'en appeler même, en cas de besoin, à la protection et à l'appui de l'Etat. »

Source : Léon XIII, lettre encyclique Rerum novarum sur la condition des ouvriers, Rome, 15 mai 1891, texte français sur vatican.va, consulté le 29 septembre 2026.

Léon XIII (1810-1903) : pape de 1878 à sa mort. Une encyclique est une lettre du pape à tous les évêques et fidèles. Rerum novarum est le premier grand texte de l'Église catholique sur la question sociale.

  1. Question 1. Pertinence des documents 1, 2, 3 et 4. (10 points)

    1.a.

    Le document 1 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  2. 1.b.

    Le document 2 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  3. 1.c.

    Le document 3 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  4. 1.d.

    Le document 4 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  5. Question 2. Fiabilité des documents 5 et 6. (8 points)

    2.a.

    Document 5 : deux raisons de lui faire confiance.

  6. 2.b.

    Document 5 : deux raisons de vous en méfier.

  7. 2.c.

    Document 6 : deux raisons de lui faire confiance.

  8. 2.d.

    Document 6 : deux raisons de vous en méfier.

Voir la correction
  1. Objet de la recherche

    Thème : les réponses (idées, mesures) apportées à la question sociale, c'est-à-dire aux problèmes des ouvriers. Lieu : l'Europe. Date : XIXe siècle.

  2. 1.a Document 1 : pertinent

    Oui. Le Manifeste (1848) propose une réponse à la question sociale : la lutte des classes et l'abolition de la propriété privée. Il est écrit à Londres pour l'Europe et date du XIXe siècle.

  3. 1.b Document 2 : non pertinent

    Non. Ce passage de Germinal (1885) décrit des enfants qui descendent dans une mine du nord de la France : il montre le problème, pas une réponse, et c'est une œuvre de fiction. Le thème ne correspond pas à la problématique.

  4. 1.c Document 3 : pertinent

    Oui. La loi belge du 13 décembre 1889 est une réponse de l'État à la question sociale : elle fixe l'âge minimum de travail à 12 ans et limite le travail de nuit. Belgique, donc Europe, 1889, XIXe siècle.

  5. 1.d Document 4 : non pertinent

    Non. La Déclaration des droits de l'homme date de 1789, avant la question sociale de l'âge industriel, et parle de droits politiques et de propriété en général, pas des problèmes des ouvriers.

  6. 2. Document 5 (Bastiat)

    Raisons de se fier : 1) Bastiat est un économiste et un député contemporain, qui connaît le débat de son temps ; 2) La Loi est publiée en 1850, à l'époque où les idées socialistes se répandent : elle répond directement à celles-ci. Raisons de se méfier : 1) l'auteur est un libéral engagé : il défend une thèse contre le socialisme, pas une analyse neutre ; 2) c'est un pamphlet qui parle de « fausse philanthropie » et de « spoliation », des mots qui jugent.

  7. 2. Document 6 (Rerum novarum)

    Raisons de se fier : 1) c'est un texte officiel du pape Léon XIII, écrit par l'autorité de l'Église pour exposer sa doctrine et daté du 15 mai 1891 ; 2) il cite des principes précis (salaire, propriété, classes) qu'on retrouve dans l'action des syndicats et des partis chrétiens. Raisons de se méfier : 1) l'Église défend ses intérêts et sa doctrine : elle veut concurrencer le socialisme ; 2) il s'adresse aux catholiques et rejette la lutte des classes, ce qui limite sa portée.

1) pertinents : 1 et 3 ; non pertinents : 2 et 4. 2) documents 5 et 6 : deux raisons de se fier et deux de se méfier chacun.

Barème de cet exercice

  • 1.a : Document 1 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.a : Document 1 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.b : Document 2 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.b : Document 2 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.c : Document 3 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.c : Document 3 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.d : Document 4 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.d : Document 4 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 2.a : Document 5 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.b : Document 5 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.c : Document 6 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.d : Document 6 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)

Exercice 2

Critique des documents. L'invasion de la Belgique en août 1914.

Problématique : Comment l'Allemagne a-t-elle justifié, en août 1914, la violation de la neutralité de la Belgique ?

Question 1. Pour chacun des documents 1, 2, 3 et 4, dites s'il est pertinent pour répondre à la problématique (oui ou non) et justifiez ; s'il ne l'est pas, expliquez pourquoi. (10 points)
Question 2. Pour chacun des documents 5 et 6, donnez deux raisons de lui faire confiance et deux raisons de vous en méfier. (8 points)

Ce que le correcteur regarde.
- Pertinence : un verdict clair pour chaque document, puis une justification qui confronte le contenu du document au thème, au lieu et à l'époque de la problématique. Un titre d'ouvrage ne tient pas lieu de thème, et la date où un document est produit n'est pas toujours celle des faits dont il parle.
- Fiabilité : pour chaque document demandé, des raisons correctes et justifiées avec des éléments du dossier.

Document 1 – Réponse du gouvernement belge à l'ultimatum allemand

« Par sa note du 2 août 1914, le Gouvernement allemand a fait connaître que d'après des nouvelles sûres les forces françaises auraient l'intention de marcher sur la Meuse par Givet et Namur, et que la Belgique, malgré sa meilleure volonté, ne serait pas en état de repousser sans secours une marche en avant des troupes françaises. Le Gouvernement allemand s'estimerait dans l'obligation de prévenir cette attaque et de violer le territoire belge. Dans ces conditions, l'Allemagne propose au Gouvernement du Roi de prendre vis-à-vis d'elle une attitude amicale et s'engage au moment de la paix à garantir l'intégrité du Royaume et de ses possessions dans toute leur étendue. La note ajoute que si la Belgique fait des difficultés à la marche en avant des troupes allemandes, l'Allemagne sera obligée de la considérer comme ennemie et de laisser le règlement ultérieur des deux États l'un vis-à-vis de l'autre à la décision des armes. Cette note a provoqué chez le Gouvernement du Roi un profond et douloureux étonnement. Les intentions qu'elle attribue à la France sont en contradiction avec les déclarations formelles qui nous ont été faites le 1er août, au nom du Gouvernement de la République. D'ailleurs, si contrairement à notre attente une violation de la neutralité belge venait à être commise par la France, la Belgique remplirait tous ses devoirs internationaux et opposerait à l'envahisseur la plus vigoureuse résistance. Les traités de 1839 confirmés par les traités de 1870 consacrent l'indépendance et la neutralité de la Belgique sous la garantie des Puissances et notamment du Gouvernement de Sa Majesté le Roi de Prusse. La Belgique a toujours été fidèle à ses obligations internationales; elle a accompli ses devoirs dans un esprit de loyale impartialité; elle n'a négligé aucun effort pour maintenir ou faire respecter sa neutralité. L'atteinte à son indépendance dont la menace le Gouvernement allemand constituerait une flagrante violation du droit des gens. Aucun intérêt stratégique ne justifie la violation du droit. Le Gouvernement belge, en acceptant les propositions qui lui sont notifiées, sacrifierait l'honneur de la nation en même temps qu'il trahirait ses devoirs vis-à-vis de l'Europe. Conscient du rôle que la Belgique joue depuis plus de 80 ans dans la civilisation du monde, il se refuse à croire que l'indépendance de la Belgique ne puisse être conservée qu'au prix de la violation de sa neutralité. Si cet espoir était déçu, le Gouvernement belge est fermement décidé à repousser par tous les moyens en son pouvoir toute atteinte à son droit. »

Source : Note du gouvernement belge remise à la légation d'Allemagne à Bruxelles, le 3 août 1914 à sept heures du matin, texte publié par la Fédération Wallonie-Bruxelles sur le site commemorer14-18.be, consulté le 29 septembre 2026.

Ultimatum allemand : note remise au gouvernement belge le 2 août 1914 à 19 h 30, qui exige le libre passage des troupes allemandes en Belgique et laisse douze heures pour répondre.


Document 2 – Extrait d'un manuel d'histoire

Depuis 1905, l'état-major allemand prévoit, en cas de guerre sur deux fronts contre la France et la Russie, de battre d'abord la France en quelques semaines en contournant ses fortifications de la frontière par le territoire belge (plan Schlieffen), puis de se retourner contre la Russie.

Source : Texte rédigé par Capcess pour cet exercice (document fictif), 2026.


Document 3 – Traité de Versailles (1919), article 231

« Art. 231. Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements aidés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés. »

Source : Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, partie VIII (Réparations), Berger-Levrault, 1920, p. 130, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Traité de Versailles : traité de paix signé le 28 juin 1919 entre l'Allemagne et les puissances alliées et associées, dont la Belgique.


Document 4 – Caricature : « Bravo, Belgium ! »

Description du dessin (les images ne sont pas reproduites ; la description ci-dessous a été rédigée par Capcess). Sur un chemin de campagne, un garçon en blouse, coiffé d'une casquette marquée « BELGIUM », se tient debout devant une barrière en bois sur laquelle est écrit « NO THOROUGHFARE » (« passage interdit »). Il tient un bâton mince et regarde son adversaire d'un air décidé. En face de lui, un homme beaucoup plus grand et plus large, barbu, pipe à la bouche, coiffé d'une casquette marquée « GERMANY », lève un énorme gourdin. Des saucisses pendent de sa poche. Légende : « Bravo, Belgium ! »

Source : F. H. Townsend, dessin publié dans Punch, or the London Charivari, 12 août 1914, p. 143, image de la British Library sur commons.wikimedia.org, consulté le 29 septembre 2026.

Punch : hebdomadaire humoristique britannique, célèbre pour ses caricatures politiques. Frederick Henry Townsend (1868-1920) : dessinateur britannique, il travaille pour Punch. Le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914, en réponse à l'invasion de la Belgique.


Document 5 – Le chancelier allemand devant le Reichstag (extrait)

« Messieurs, nous sommes maintenant en état de légitime défense, et nécessité ne connaît pas de loi ! Nos troupes ont occupé le Luxembourg et sont peut-être déjà entrées en territoire belge. Cela est contraire au droit des gens. […] L'injustice, je parle franchement, l'injustice que nous commettons ainsi, nous chercherons à la réparer dès que notre but militaire sera atteint. »

Source : Theobald von Bethmann Hollweg, discours au Reichstag, Berlin, 4 août 1914, d'après le compte rendu des débats (texte allemand confronté à sa traduction anglaise sur en.wikiquote.org, consulté le 29 septembre 2026). Traduit de l'allemand par Capcess.

Theobald von Bethmann Hollweg (1856-1921) : chancelier de l'Empire allemand de 1909 à 1917, chef du gouvernement en août 1914. Reichstag : Parlement de l'Empire allemand.


Document 6 – Appel « Aux nations civilisées » (extrait)

« Il n'est pas vrai que nous ayons violé criminellement la neutralité de la Belgique. Il est prouvé que la France et l'Angleterre étaient décidées à la violer. Il est prouvé que la Belgique y consentait. Ne pas les devancer aurait été un suicide. »

Source : Aufruf an die Kulturwelt (« Appel au monde civilisé »), texte signé par quatre-vingt-treize savants, artistes et écrivains allemands, publié le 4 octobre 1914, texte allemand sur germanhistorydocs.org (German History in Documents and Images), consulté le 29 septembre 2026. Traduit de l'allemand par Capcess.

Le texte est rédigé par le philologue Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff (1848-1931) et signé par des scientifiques, des écrivains et des artistes allemands renommés. Il répond aux accusations d'atrocités commises par l'armée allemande en Belgique en août 1914 (civils fusillés, incendie de Louvain).

  1. Question 1. Pertinence des documents 1, 2, 3 et 4. (10 points)

    1.a.

    Le document 1 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  2. 1.b.

    Le document 2 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  3. 1.c.

    Le document 3 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  4. 1.d.

    Le document 4 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  5. Question 2. Fiabilité des documents 5 et 6. (8 points)

    2.a.

    Document 5 : deux raisons de lui faire confiance.

  6. 2.b.

    Document 5 : deux raisons de vous en méfier.

  7. 2.c.

    Document 6 : deux raisons de lui faire confiance.

  8. 2.d.

    Document 6 : deux raisons de vous en méfier.

Voir la correction
  1. Objet de la recherche

    Thème : les arguments allemands pour justifier l'invasion de la Belgique neutre. Lieu : l'Allemagne et la Belgique. Date : août 1914.

  2. 1.a Document 1 : pertinent

    Oui. Le 3 août 1914, le gouvernement belge répond à l'ultimatum allemand du 2 août et en résume le contenu : l'Allemagne prétend savoir que la France veut marcher sur la Meuse et annonce qu'elle violera le territoire belge pour la devancer. Le document donne donc l'argument allemand de l'époque, même s'il est rapporté par le camp adverse.

  3. 1.b Document 2 : pertinent

    Oui. Ce manuel explique pourquoi l'armée allemande a besoin de traverser la Belgique : le plan Schlieffen (1905) prévoit de vaincre la France vite en contournant ses fortifications. C'est le motif militaire que l'Allemagne invoque sous le nom de nécessité. Le document est un travail postérieur, mais il porte sur le thème et sur la même époque.

  4. 1.c Document 3 : non pertinent

    Non. L'article 231 date de 1919 et exprime le jugement des vainqueurs sur la responsabilité de l'Allemagne après la guerre : ce n'est pas la justification que l'Allemagne donne en 1914 (date et thème différents).

  5. 1.d Document 4 : non pertinent

    Non. Cette caricature britannique du 12 août 1914 montre comment la Belgique et l'Allemagne sont perçues au Royaume-Uni ; elle ne présente aucun argument allemand pour justifier l'invasion.

  6. 2. Document 5 (Bethmann Hollweg)

    Raisons de se fier : 1) l'auteur est le chef du gouvernement allemand et il parle le 4 août 1914, jour même de l'entrée des troupes en Belgique : il est acteur direct et contemporain ; 2) il admet que l'invasion est contraire au droit des gens et parle d'une injustice à réparer : un aveu qui va contre son camp est crédible, et il concorde avec le document 1, selon lequel l'Allemagne annonçait qu'elle violerait le territoire belge. Raisons de se méfier : 1) c'est un discours politique, destiné à faire admettre l'invasion par le Reichstag et par l'opinion : il invoque la nécessité pour se justifier ; 2) la promesse de réparer dès que le but militaire sera atteint est conditionnelle, et la Belgique restera occupée jusqu'en 1918.

  7. 2. Document 6 (appel des 93)

    Raisons de se fier : 1) le texte date du 4 octobre 1914, deux mois après les faits, et exprime le point de vue allemand de l'époque ; 2) il est signé par des savants et des artistes réputés et il est largement diffusé : il montre ce que l'on veut faire croire en Allemagne et à l'étranger. Raisons de se méfier : 1) son but est de convaincre les pays neutres (c'est un appel « au monde civilisé ») : c'est de la propagande, et ses signataires ne sont ni diplomates ni témoins des décisions ; 2) il nie toute violation de la neutralité, alors que le chancelier l'a reconnue le 4 août (document 5), et il affirme que la France voulait envahir la Belgique, alors que le gouvernement belge cite les assurances données par la France le 1er août (document 1).

1) pertinents : 1 et 2 ; non pertinents : 3 et 4. 2) documents 5 et 6 : deux raisons de se fier et deux de se méfier chacun.

Barème de cet exercice

  • 1.a : Document 1 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.a : Document 1 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.b : Document 2 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.b : Document 2 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.c : Document 3 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.c : Document 3 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.d : Document 4 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.d : Document 4 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 2.a : Document 5 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.b : Document 5 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.c : Document 6 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.d : Document 6 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)

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