Synthèse. La colonisation à la fin du XIXe siècle.
Problématique : Quels arguments ont été avancés en faveur de la colonisation à la fin du XIXe siècle et comment ont-ils été contestés ?
Consigne : rédigez la synthèse qui répond à cette problématique à partir des documents 1 à 7 et de vos connaissances. Votre copie comprend trois parties.
- Une introduction (10 lignes au plus) : elle reprend la problématique et la replace dans son contexte historique grâce à vos connaissances.
- Un développement (15 lignes au plus) d'au moins deux paragraphes : il présente de façon organisée les éléments de réponse que fournissent les documents, chacun situé dans le temps et suivi, entre parenthèses, du numéro du ou des documents dont il provient.
- Une conclusion (10 lignes au plus) : elle répond à la problématique.
Ce que le correcteur regarde.
- Introduction : la problématique est reprise et au moins trois savoirs (événements, notions) l'éclairent.
- Développement : au moins cinq informations exactes venant des documents, chacune rattachée à son document et à un repère de temps, dans un texte bien construit.
- Conclusion : elle répond à la problématique et reste cohérente avec le développement.
- Langue : écriture soignée, lisible, phrases correctes.
Total : 30 points.
Document 1 – Acte général de la conférence de Berlin (1885), article 6 (extrait)
« Toutes les Puissances exerçant des droits de souveraineté ou une influence dans lesdits territoires s’engagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à l’amélioration de leurs conditions morales et matérielles d’existence et à concourir à la suppression de l’esclavage et surtout de la traite des noirs ; elles protégeront et favoriseront, sans distinction de nationalités ni de cultes, toutes les institutions, et entreprises religieuses, scientifiques ou charitables créées et organisées à ces fins ou tendant à instruire les indigènes et à leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation. »
Source : Acte général de la conférence africaine signé à Berlin le 26 février 1885, chapitre I, article 6, dans Afrique. Arrangements, actes et conventions concernant le nord, l'ouest et le centre de l'Afrique (1881-1898), texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.
Conférence de Berlin (15 novembre 1884 - 26 février 1885) : réunion de quatorze États d'Europe et d'Amérique du Nord, organisée par l'Allemagne et la France, qui fixe des règles pour le commerce et l'occupation de l'Afrique centrale. Le texte cité concerne le bassin du Congo et ses environs.
Document 2 – Jules Ferry, « Les fondements de la politique coloniale » : l'argument économique (extrait)
« Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d'expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l'Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés. […] Oui, ce qui manque à notre grande industrie, que les traités de 1860 ont irrévocablement dirigé dans la voie de l'exportation, ce qui lui manque de plus en plus ce sont les débouchés. »
Source : Jules Ferry, discours à la Chambre des députés, 28 juillet 1885, publié au Journal officiel de la République française, texte reproduit par l'Assemblée nationale (rubrique Grands discours parlementaires), consulté le 29 septembre 2026.
Jules Ferry (1832-1893) : homme politique français, président du Conseil en 1880-1881 et en 1883-1885. Partisan de l'expansion coloniale, il fait de la France une puissance coloniale (Tunisie, Tonkin, Madagascar). Il s'exprime ici en tant que député devant l'Assemblée.
Document 3 – Jules Ferry, « Les fondements de la politique coloniale » : la mission civilisatrice (extrait)
« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... […] Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... »
Source : Jules Ferry, discours à la Chambre des députés, 28 juillet 1885, publié au Journal officiel de la République française, texte reproduit par l'Assemblée nationale (rubrique Grands discours parlementaires), consulté le 29 septembre 2026.
Jules Ferry (1832-1893) : homme politique français, président du Conseil en 1880-1881 et en 1883-1885. Partisan de l'expansion coloniale. Ce passage est interrompu par des députés dans la salle ; les interruptions ont été supprimées ici.
Document 4 – Georges Clemenceau, réponse à Jules Ferry (extrait)
« Races supérieures ? races inférieures, c'est bientôt dit ! Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : homme ou civilisation inférieurs. […] Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n'est pas autre chose que la proclamation de la primauté de la force sur le droit »
Source : Georges Clemenceau, discours à la Chambre des députés, juillet 1885 (l'Assemblée nationale le date du 31 juillet 1885), texte reproduit par l'Assemblée nationale (rubrique Grands discours parlementaires), consulté le 29 septembre 2026.
Georges Clemenceau (1841-1929) : médecin puis homme politique français, chef des radicaux (gauche républicaine), surnommé « le tombeur de ministères » : en 1885, son intervention contre l'expédition du Tonkin provoque la chute du gouvernement de Jules Ferry.
Document 5 – Rudyard Kipling, « Le fardeau de l'homme blanc » (première strophe)
« Prenez le fardeau de l'homme blanc, / Envoyez les meilleurs de votre race, / Liez vos fils à l'exil / Pour servir les besoins de vos captifs ; / Pour attendre, sous un lourd harnais, / Des peuples agités et sauvages, / Vos peuples nouvellement conquis, maussades, / Moitié diables et moitié enfants. »
Source : Rudyard Kipling, The White Man's Burden. The United States and the Philippine Islands, poème publié dans le McClure's Magazine, février 1899, texte anglais sur en.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026. Traduit de l'anglais par Capcess.
Rudyard Kipling (1865-1936) : écrivain et poète britannique, né à Bombay, prix Nobel de littérature en 1907. Il écrit ce poème à l'adresse des États-Unis, qui viennent de prendre le contrôle des Philippines après leur victoire sur l'Espagne (1898).
Document 6 – Caricature : « The Rhodes Colossus »
Description du dessin (les images ne sont pas reproduites ; la description ci-dessous a été rédigée par Capcess). Un homme immense, moustachu, en tenue de colon (chemise, ceinturon, bandoulière, fusil sur l'épaule), enjambe l'Afrique : un pied posé à l'extrémité sud du continent, l'autre au nord. De chaque main, il tient l'extrémité d'un fil télégraphique tendu au-dessus du continent. Sous ses pieds, l'Afrique apparaît comme une petite carte. Légende : « The Rhodes Colossus. Striding from Cape Town to Cairo. » (« Le colosse Rhodes, allant du Cap au Caire »).
Source : Edward Linley Sambourne, dessin publié dans Punch, or the London Charivari, 10 décembre 1892, p. 266, image sur commons.wikimedia.org, consulté le 29 septembre 2026.
Cecil Rhodes (1853-1902) : homme d'affaires et homme politique britannique, Premier ministre de la colonie du Cap de 1890 à 1896, il rêve de relier le Cap au Caire par une ligne de chemin de fer et de télégraphe sous contrôle britannique. Edward Linley Sambourne (1844-1910) : dessinateur britannique, caricaturiste de Punch.
Document 7 – Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et peuples coloniaux (extrait)
« 1. La sujétion des peuples à une subjugation, à une domination et à une exploitation étrangères constitue un déni des droits fondamentaux de l’homme, est contraire à la Charte des Nations Unies et compromet la cause de la paix et de la coopération mondiales. […] 2. Tous les peuples ont le droit à la libre détermination ; en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement économique, social et culturel. […] 3. Le manque de préparation dans les domaines politique, économique ou social ou dans celui de l’enseignement ne doit jamais être pris comme prétexte pour retarder l’indépendance. »
Source : Assemblée générale des Nations unies, résolution 1514 (XV), 14 décembre 1960, § 1 à 3, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.
Assemblée générale des Nations unies : organe de l'ONU où siègent tous les États membres ; la résolution 1514 est adoptée par 89 voix, sans opposition, avec 9 abstentions.