Synthèse. La question sociale au XIXe siècle.
Problématique : Quelle est la situation des ouvriers au XIXe siècle et comment les grands courants d'idées et l'État y répondent-ils ?
Consigne : rédigez la synthèse qui répond à cette problématique à partir des documents 1 à 7 et de vos connaissances. Votre copie comprend trois parties.
- Une introduction (10 lignes au plus) : elle reprend la problématique et la replace dans son contexte historique grâce à vos connaissances.
- Un développement (15 lignes au plus) d'au moins deux paragraphes : il présente de façon organisée les éléments de réponse que fournissent les documents, chacun situé dans le temps et suivi, entre parenthèses, du numéro du ou des documents dont il provient.
- Une conclusion (10 lignes au plus) : elle répond à la problématique.
Ce que le correcteur regarde.
- Introduction : la problématique est reprise et au moins trois savoirs (événements, notions) l'éclairent.
- Développement : au moins cinq informations exactes venant des documents, chacune rattachée à son document et à un repère de temps, dans un texte bien construit.
- Conclusion : elle répond à la problématique et reste cohérente avec le développement.
- Langue : écriture soignée, lisible, phrases correctes.
Total : 30 points.
Document 1 – Alphonse Esquiros, « Les Charbonnages de la Belgique » : les enfants dans les mines (extraits)
« Le transport intérieur de la houille s’accomplit à l’aide de deux espèces de moteurs, la force humaine et la force animale. La force humaine est représentée par des enfans de douze à treize ans, filles et garçons, qui poussent et dirigent sur les rails les trains de charbon de terre. […] Dès qu’un enfant de charbonnier, fille ou garçon, a atteint sa onzième ou sa douzième année, dès qu’il a fait, comme on dit ici, sa première communion, il va travailler au jour ou dans l’intérieur de la mine. À cet âge, en effet, l’enfant représente déjà une valeur industrielle : l’enfant, c’est un franc par jour ; on l’emploie à ouvrir et à fermer les portes des galeries souterraines, à pousser les wagons sur les rails, à soigner les lampes. »
Source : Alphonse Esquiros, « Les Charbonnages de la Belgique », Revue des Deux Mondes, 2e série de la nouvelle période, tome 9, 1855, p. 1176-1215, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.
Alphonse Esquiros (1812-1876) : écrivain, journaliste et homme politique républicain français, exilé après le coup d'État de 1851. Revue des Deux Mondes : revue littéraire et politique française fondée en 1829, très lue dans la bourgeoisie cultivée. L'article est écrit pour des lecteurs français : Esquiros visite des mines de Belgique. Charbonnier : ici, mineur.
Document 2 – Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (extraits)
« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. […] En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette proposition unique : abolition de la propriété privée. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Source : Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, Londres, février 1848, traduction de Laura Lafargue, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.
Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) : philosophes et économistes allemands. Marx vit à Bruxelles de 1845 à 1848 ; le Manifeste est rédigé pour la Ligue des communistes, une organisation d'ouvriers et d'intellectuels.
Document 3 – Frédéric Bastiat, La Loi (extraits)
« Existence, Facultés, Assimilation – en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, – voilà l’homme. […] Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense. […] la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes. »
Source : Frédéric Bastiat, La Loi, Paris, 1850, dans Œuvres complètes, tome 4, Guillaumin, 1863, p. 342-393, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.
Frédéric Bastiat (1801-1850) : économiste et député français, défenseur du libre-échange et du libéralisme. La Loi est publiée quelques mois avant sa mort, dans un débat contre les idées socialistes.
Document 4 – Léon XIII, encyclique Rerum novarum (extraits)
« Ainsi, cette conversion de la propriété privée en propriété collective, préconisée par le socialisme, n'aurait d'autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait même, tout espoir et toute possibilité d'agrandir leur patrimoine et d'améliorer leur situation. […] L'erreur capitale, dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre […] Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. […] Il sera donc préférable d'en réserver en principe la solution aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin, ou de recourir à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers et d'en appeler même, en cas de besoin, à la protection et à l'appui de l'Etat. »
Source : Léon XIII, lettre encyclique Rerum novarum sur la condition des ouvriers, Rome, 15 mai 1891, texte français sur vatican.va, consulté le 29 septembre 2026.
Léon XIII (1810-1903) : pape de 1878 à sa mort. Une encyclique est une lettre du pape à tous les évêques et fidèles. Rerum novarum est le premier grand texte de l'Église catholique sur la question sociale.
Document 5 – Parti ouvrier belge, Déclaration de principes, dite Charte de Quaregnon (extraits)
« 3. - La réalisation de cet idéal est incompatible avec le maintien du régime capitaliste, qui divise la société en deux classes nécessairement antagonistes : l'une, qui peut jouir de la propriété sans travail; l'autre, obligée d'abandonner une part de son produit à la classe possédante. […] Ce résultat ne pourra être atteint, dans une société où le travail collectif se substitue de plus en plus au travail individuel, que par l'appropriation collective des agents naturels et des instruments de travail. […] Que, dans leur lutte contre la classe capitaliste, les travailleurs doivent combattre par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, et, notamment par l'action politique, le développement des associations libres et l'incessante propagation des principes socialistes. […] b) Dans l'ordre politique, par la transformation de l'État en administration des choses. »
Source : Programme du Parti ouvrier belge, Xe congrès, Quaregnon, 26 mars 1894, texte publié dans Émile Vandervelde et Jules Destrée, Le Socialisme en Belgique, 1898, reproduit sur fr.wikipedia.org (Charte de Quaregnon), consulté le 29 septembre 2026.
Parti ouvrier belge (POB) : parti socialiste fondé en 1885. Émile Vandervelde (1866-1938), qui rédige l'essentiel du texte, deviendra président du parti. La dénomination « charte de Quaregnon » date de 1945.
Document 6 – La loi du 13 décembre 1889 sur le travail des femmes et des enfants
La loi belge du 13 décembre 1889 sur le travail des femmes, des adolescents et des enfants dans les établissements industriels est la première à réglementer ce travail en Belgique. Elle :
- fixe à 12 ans l'âge minimum pour être employé dans l'industrie ;
- interdit le travail de nuit aux garçons de moins de 16 ans et aux filles et jeunes femmes de moins de 21 ans ;
- charge des fonctionnaires de contrôler dans les entreprises que la loi est respectée.
Source : Résumé rédigé par Capcess (document fictif dans sa forme) d'après le texte de la loi, Moniteur belge, 1889, et les synthèses de Clio2web (UCLouvain) et de Wikipédia, consulté le 29 septembre 2026.
Moniteur belge : journal officiel de l'État belge, où les lois sont publiées.
Document 7 – Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (extraits)
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. […] Les propriétés étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. »
Source : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Assemblée nationale constituante, France, août 1789, articles 1 et 17, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.
Assemblée nationale constituante : assemblée élue en 1789 qui rédige la première constitution de la France révolutionnaire.