Critique des documents. La crise de juillet 1914.
Problématique : Pourquoi la crise ouverte par l'assassinat de Sarajevo s'est-elle transformée en guerre européenne en août 1914 ?
Question 1. Pour chacun des documents 1, 2, 3 et 4, dites s'il est pertinent pour répondre à la problématique (oui ou non) et justifiez ; s'il ne l'est pas, expliquez pourquoi. (10 points)
Question 2. Pour chacun des documents 5 et 6, donnez deux raisons de lui faire confiance et deux raisons de vous en méfier. (8 points)
Ce que le correcteur regarde.
- Pertinence : un verdict clair pour chaque document, puis une justification qui confronte le contenu du document au thème, au lieu et à l'époque de la problématique. Un titre d'ouvrage ne tient pas lieu de thème, et la date où un document est produit n'est pas toujours celle des faits dont il parle.
- Fiabilité : pour chaque document demandé, des raisons correctes et justifiées avec des éléments du dossier.
Document 1 – La note de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, dite ultimatum du 23 juillet 1914 (extraits)
« Le Gouvernement royal serbe, loin de satisfaire aux engagements formels contenus dans la déclaration du 31 mars 1909, n'a rien fait pour supprimer ce mouvement. […] 5o À accepter la collaboration en Serbie des organes du Gouvernement impérial et royal visant la suppression du mouvement subversif dirigé contre l'intégrité territoriale de la Monarchie ; […] 6o À ouvrir une enquête judiciaire contre les partisans du complot du 28 juin se trouvant sur le territoire serbe ; des organes délégués par le Gouvernement impérial et royal prendront part aux recherches y relatives ; […] Le Gouvernement impérial et royal attend la réponse du Gouvernement royal au plus tard jusqu'au samedi 25 de ce mois […] »
Source : Texte de la note austro-hongroise remise à Belgrade le 23 juillet 1914, traduit par Gabriel Hanotaux dans son Histoire illustrée de la guerre de 1914, tome 2, reproduit sur fr.wikipedia.org (Ultimatum du 23 juillet 1914), consulté le 29 septembre 2026.
Autriche-Hongrie : empire d'Europe centrale gouverné par l'empereur François-Joseph. L'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône, est assassiné à Sarajevo le 28 juin 1914 par un jeune Bosno-Serbe, Gavrilo Princip. Le texte est un ultimatum : une exigence qui ne laisse que quelques jours pour répondre.
Document 2 – Les alliances en Europe avant 1914
Ces accords forment deux blocs en 1914 : la Triple Alliance et la Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie). L'Italie déclare sa neutralité en août 1914.
Source : Tableau réalisé par Capcess d'après Wikipédia, « Triple-Entente » et « Triplice », consulté le 29 septembre 2026.
Une alliance est un traité par lequel des États s'engagent à s'entraider. Une entente est un accord moins contraignant qu'une alliance militaire.
Document 3 – Loi sur le gouvernement du Congo belge, dite Charte coloniale (1908), article 5
« Art. 5.– Le gouverneur général veille à la conservation des populations indigènes et à l’amélioration de leurs conditions morales et matérielles d’existence. Il favorise l’expansion de la liberté individuelle, l’abandon progressif de la polygamie et le développement de la propriété. Il protège et favorise, sans distinction de nationalité ni de cultes, toutes les institutions et entreprises religieuses, scientifiques ou charitables, créées et organisées à ces fins ou tendant à instruire les indigènes et à leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation. »
Source : Loi sur le gouvernement du Congo belge du 18 octobre 1908, Bulletin officiel du Congo belge, 1908, p. 65, article 5, texte publié dans Les constitutions de la RDC de 1908 à 2011 (presidence.cd), consulté le 29 septembre 2026.
Charte coloniale : loi belge qui organise le gouvernement du Congo après sa reprise par la Belgique (le Congo belge existe à partir du 15 novembre 1908). Le gouverneur général est le représentant du roi et du gouvernement belge au Congo.
Document 4 – Léon XIII, encyclique Rerum novarum (extraits)
« Ainsi, cette conversion de la propriété privée en propriété collective, préconisée par le socialisme, n'aurait d'autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait même, tout espoir et toute possibilité d'agrandir leur patrimoine et d'améliorer leur situation. […] L'erreur capitale, dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l'une de l'autre […] Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier sobre et honnête. […] Il sera donc préférable d'en réserver en principe la solution aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin, ou de recourir à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers et d'en appeler même, en cas de besoin, à la protection et à l'appui de l'Etat. »
Source : Léon XIII, lettre encyclique Rerum novarum sur la condition des ouvriers, Rome, 15 mai 1891, texte français sur vatican.va, consulté le 29 septembre 2026.
Léon XIII (1810-1903) : pape de 1878 à sa mort. Une encyclique est une lettre du pape à tous les évêques et fidèles. Rerum novarum est le premier grand texte de l'Église catholique sur la question sociale.
Document 5 – La réponse de la Serbie, 25 juillet 1914 (extraits)
« 5o Le Gouvernement royal doit avouer qu'il ne se rend pas clairement compte du sens et de la portée de la demande du Gouvernement impérial et royal tendant à obtenir de la Serbie qu'elle s'engage à accepter sur son territoire la collaboration des organes du Gouvernement impérial et royal. Mais il déclare qu'il admettra toute collaboration qui répondrait aux principes du droit international et à la procédure criminelle, ainsi qu'aux bons rapports de voisinage. […] Quant à la participation à cette enquête des agents des autorités austro-hongroises qui seraient délégués à cet effet par le Gouvernement impérial et royal, le Gouvernement royal ne peut pas l'accepter, car ce serait une violation de la Constitution et de la loi sur la procédure criminelle. […] le Gouvernement royal serbe, considérant qu'il est de l'intérêt commun de ne pas précipiter la solution de cette question, est prêt, comme toujours, à accepter une entente pacifique, en remettant cette question soit à la décision du Tribunal international de La Haye, […] »
Source : Texte partiel de la réponse serbe du 25 juillet 1914, traduit par Gabriel Hanotaux dans son Histoire illustrée de la guerre de 1914, tome 2, reproduit sur fr.wikipedia.org (Ultimatum du 23 juillet 1914), consulté le 29 septembre 2026.
Serbie : royaume des Balkans, indépendant depuis 1878. Gabriel Hanotaux (1853-1944) : historien et diplomate français, ancien ministre des Affaires étrangères, auteur de la traduction. Le Tribunal international de La Haye est la Cour permanente d'arbitrage, créée en 1899.
Document 6 – Le chancelier allemand devant le Reichstag (extrait)
« Messieurs, nous sommes maintenant en état de légitime défense, et nécessité ne connaît pas de loi ! Nos troupes ont occupé le Luxembourg et sont peut-être déjà entrées en territoire belge. Cela est contraire au droit des gens. […] L'injustice, je parle franchement, l'injustice que nous commettons ainsi, nous chercherons à la réparer dès que notre but militaire sera atteint. »
Source : Theobald von Bethmann Hollweg, discours au Reichstag, Berlin, 4 août 1914, d'après le compte rendu des débats (texte allemand confronté à sa traduction anglaise sur en.wikiquote.org, consulté le 29 septembre 2026). Traduit de l'allemand par Capcess.
Theobald von Bethmann Hollweg (1856-1921) : chancelier de l'Empire allemand de 1909 à 1917, chef du gouvernement en août 1914. Reichstag : Parlement de l'Empire allemand.