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Problèmes et enjeux de notre temps

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À revoir avant : Critiquer un ensemble de sources : pertinence et fiabilité, L'effondrement du bloc communiste.

Ressources par notion

Fiche de révision

  • Norme : Règle ou modèle de comportement valorisé dans un groupe.
  • Sécularisation : Transformation de la place des institutions et références religieuses dans la société.
  • Émancipation : Accroissement de l’autonomie et des possibilités d’action.
  • Fait : Affirmation susceptible d’être vérifiée par des éléments probants.
  • Cadrage : Sélection et présentation d’un aspect d’une situation.
  • Source primaire : Origine identifiable d’une information ou document directement lié au fait étudié.
  • Acteur : Entité capable d’agir dans une situation.
  • Intérêt : Objectif ou avantage poursuivi par un acteur.
  • Échelle : Niveau spatial auquel on observe une situation.

L’évolution des mentalités depuis 1945

Les mentalités sont des manières collectives de penser, de juger et de se représenter la société. Elles évoluent avec l’éducation, les transformations du travail, les médias, les mouvements sociaux et les expériences des générations. Une société ne change pas partout au même rythme.

Après 1945, les rapports de genre, la place de la religion, les formes familiales et l’autorité font l’objet de transformations et de débats. La sécularisation désigne notamment une moindre emprise religieuse dans certains domaines sociaux ; elle ne signifie pas que toute croyance disparaît. L’émancipation des femmes concerne droits, autonomie et pratiques, dont les évolutions peuvent diverger.

Pour étudier un changement, compare des sources de même nature ou explique leurs différences : manuels, enquêtes, publicités, témoignages et lois. Une loi renseigne une norme ; une publicité exprime une représentation destinée à un public ; une enquête mesure des réponses selon une méthode. Aucune ne reflète seule toutes les pratiques.

À retenir

Norme

Règle ou modèle de comportement valorisé dans un groupe.

Sécularisation

Transformation de la place des institutions et références religieuses dans la société.

Émancipation

Accroissement de l’autonomie et des possibilités d’action.

Méthode

  1. Définis précisément le domaine observé.
  2. Compare des périodes et des groupes.
  3. Distingue normes, représentations et pratiques.
  4. Explique continuités et changements sans généraliser un seul cas.

Exemple expliqué

Publicités fictives : en A, seul le père travaille hors du domicile ; en B, les deux parents le font. Que permet leur comparaison ?

  1. Les images mettent en scène des rôles familiaux différents.

  2. Elles visent un lectorat et un marché, pas un recensement des familles.

  3. Une enquête sur l’emploi compléterait l’étude des pratiques.

Elles montrent une évolution des représentations publicitaires des rôles ; elles ne prouvent pas que toutes les familles correspondaient à l’un ou l’autre modèle.

Points à surveiller

  • Dire qu’une norme nouvelle efface immédiatement les anciennes pratiques.
  • Confondre sécularisation et absence totale de religion.

Information, médias et désinformation

Un média sélectionne, hiérarchise et présente des informations. Distingue un fait vérifiable, une interprétation et une opinion. Le titre, le cadrage d’une image et l’ordre des éléments peuvent orienter la perception sans rendre chaque phrase fausse.

La désinformation utilise des contenus trompeurs pour influencer ; une erreur n’est pas nécessairement intentionnelle. Pour évaluer une publication, remonte à la source, identifie date et contexte, cherche l’élément complet et compare avec des sources indépendantes. Une photographie réelle peut tromper si elle est associée à un autre lieu ou une autre date.

Le nombre de partages mesure une circulation, pas une fiabilité. Des sites différents peuvent reproduire la même origine. Une analyse historique ajoute le contexte de production : censure, propagande, financement, lectorat et contraintes techniques. Les critères doivent porter sur l’information précise, sans faire confiance aveuglément à une catégorie entière de médias.

À retenir

Fait

Affirmation susceptible d’être vérifiée par des éléments probants.

Cadrage

Sélection et présentation d’un aspect d’une situation.

Source primaire

Origine identifiable d’une information ou document directement lié au fait étudié.

Méthode

  1. Isole l’affirmation à vérifier.
  2. Retrouve la source et la version complète.
  3. Contrôle date, lieu et contexte.
  4. Recoupe avec des éléments indépendants et formule une conclusion proportionnée.

Exemple expliqué

Scénario fictif : une image de foule publiée hier est présentée comme une manifestation actuelle. Une archive montre la même image cinq ans plus tôt. Que conclure ?

  1. La publication récente ne donne pas la date de prise de vue.

  2. L’archive remet en cause le contexte attribué.

  3. L’image ne prouve donc pas la manifestation actuelle annoncée.

L’image est réutilisée hors de son contexte et ne constitue pas la preuve annoncée. Cela ne permet pas, seul, de conclure qu’aucune manifestation actuelle n’a eu lieu.

Points à surveiller

  • Confondre date de publication et date du fait.
  • Compter dix reprises comme dix confirmations indépendantes.

Acteurs et organisations du monde contemporain

La géopolitique étudie les rapports de pouvoir liés aux territoires, aux ressources, aux populations et aux stratégies. Elle identifie des acteurs à plusieurs échelles : États, organisations internationales, entreprises et groupes sociaux. Une frontière ou un intérêt économique n’explique pas seul tous les conflits.

L’Organisation des Nations unies est fondée en 1945. Ses organes n’ont pas les mêmes fonctions : l’Assemblée générale réunit les États membres ; le Conseil de sécurité a des responsabilités en matière de paix et de sécurité et ses cinq membres permanents disposent d’un droit de veto dans les conditions prévues par la Charte. Une résolution doit être lue avec son organe et sa portée.

Distingue une organisation internationale, une alliance militaire et une intégration régionale. Leurs membres, compétences et modes de décision varient. Pour une question d’actualité, vérifie les documents de la période : les positions, adhésions et équilibres peuvent changer. Un scénario ne constitue pas une prédiction.

Après la guerre froide, des auteurs proposent des lectures concurrentes : Fukuyama interroge l’aboutissement de l’évolution idéologique dans la démocratie libérale ; Huntington met en avant les oppositions entre ensembles culturels ; la multipolarité insiste sur plusieurs centres de puissance. Ce sont des modèles à discuter. Compare leurs critères aux alliances, rivalités et différences internes observées, sans présenter une culture comme un acteur unique ni confondre fin de l’histoire et fin de tous les événements.

À retenir

Acteur

Entité capable d’agir dans une situation.

Intérêt

Objectif ou avantage poursuivi par un acteur.

Échelle

Niveau spatial auquel on observe une situation.

Méthode

  1. Situe territoire, ressources et populations.
  2. Identifie les acteurs et leurs intérêts.
  3. Vérifie les compétences des organisations impliquées.
  4. Relie rapports de force, décisions et limites de l’action.

Exemple expliqué

Cas fictif : deux États partagent un fleuve ; l’un construit un barrage, l’autre craint une baisse d’eau. Une organisation propose une négociation. Quels éléments analyser ?

  1. Le fleuve relie les territoires et les usages de l’eau.

  2. Les États ont des intérêts dans l’énergie, l’irrigation et l’approvisionnement.

  3. Le rôle de l’organisation dépend de son mandat et de l’accord des acteurs.

Il faut étudier les usages, les effets en amont et en aval, les intérêts et les moyens de négociation. La présence d’une organisation ne garantit pas un règlement.

Points à surveiller

  • Confondre toutes les décisions de l’ONU avec celles du Conseil de sécurité.
  • Présenter un conflit comme l’effet inévitable d’une seule ressource.

Exercice 1

Ressources : questions de connaissances.

Consigne : répondez aux questions ci-dessous en vous aidant des documents et de vos connaissances.

1 - L'évolution des mentalités : la place des femmes.

Document 1 – Cour d'appel de Bruxelles, arrêt du 12 décembre 1888 dans l'affaire Popelin (extrait)

« […] les tâches et la nature de la femme sont inconciliables avec la profession d'avocat […] »

Source : Arrêt de la Cour d'appel de Bruxelles du 12 décembre 1888, qui refuse à Marie Popelin de prêter serment d'avocate, extrait cité sur fr.wikipedia.org (Loi du 27 mars 1948 relative au droit de vote des femmes aux chambres législatives), consulté le 29 septembre 2026.

Marie Popelin (1846-1913) : première Belge docteure en droit, en 1888. Cour d'appel : tribunal qui juge à nouveau une affaire déjà jugée. Ce refus est à l'origine de la première ligue belge des droits des femmes, en 1892.


Document 2 – Loi du 27 mars 1948 accordant le droit de vote aux femmes pour les Chambres législatives, article 1er

« Article 1er. Les femmes sont admises au vote dans les mêmes conditions d'âge, de nationalité et de domicile. »

Source : Loi belge du 27 mars 1948 relative au droit de vote des femmes aux Chambres législatives, article 1er, cité sur fr.wikipedia.org (Loi du 27 mars 1948 relative au droit de vote des femmes aux chambres législatives), consulté le 29 septembre 2026.

Chambres législatives : la Chambre des représentants et le Sénat. La loi est promulguée par le prince Charles, régent du royaume, car le roi Léopold III est alors dans l'impossibilité de régner. Les femmes votent pour la première fois aux élections législatives du 26 juin 1949.

  1. 1.

    En quelle année la Cour d'appel de Bruxelles refuse-t-elle à Marie Popelin de devenir avocate (document 1) ?

  2. 2.

    Quelle raison la Cour avance-t-elle pour justifier ce refus ?

  3. 3.

    Quel droit la loi du 27 mars 1948 (document 2) accorde-t-elle aux femmes ?

  4. 4.

    À quelle date les femmes belges votent-elles pour la première fois aux élections législatives ?

  5. 5.

    Comparez les deux documents : quel changement de mentalité montrent-ils ?

Correction

  1. Question 1

    L'arrêt est rendu le 12 décembre 1888 : 1888.

  2. Question 2

    La Cour juge que « les tâches et la nature de la femme sont inconciliables avec la profession d'avocat » : elle s'appuie sur un préjugé sur la nature et le rôle des femmes.

  3. Question 3

    La loi du 27 mars 1948 accorde aux femmes le droit de vote aux élections législatives (pour les Chambres législatives), dans les mêmes conditions que les hommes.

  4. Question 4

    Les femmes belges votent pour la première fois aux élections législatives le 26 juin 1949.

  5. Question 5

    En 1888, on refuse à une femme une profession en invoquant sa nature ; en 1948, la loi les admet au vote « dans les mêmes conditions » que les hommes. Les mentalités évoluent : les femmes deviennent des citoyennes égales aux hommes en droits politiques. Le changement est lent : soixante ans séparent les deux textes.

1. 1888 ; 2. la nature de la femme serait inconciliable avec la profession d'avocat ; 3. le droit de vote aux élections législatives ; 4. le 26 juin 1949 ; 5. de l'exclusion à l'égalité des droits politiques.

Exercice 2

Les mutations de la société : la famille.

Consigne : répondez aux questions à l'aide des documents 1 et 2 et de vos connaissances. Montrez vos calculs. Arrondissez chaque résultat au dixième.

a) De combien de points de pourcentage la part des naissances hors mariage a-t-elle augmenté entre 1960 et 2018 ?
b) De combien de points de pourcentage a-t-elle augmenté entre 1990 et 2000 ?
c) Par combien cette part a-t-elle été multipliée entre 1960 et 2018 ?
d) Montrez, à l'aide des documents 1 et 2, que la famille a changé en Belgique depuis 1960. Donnez deux changements et expliquez chacun.

Document 1 – Les naissances hors mariage en Belgique, 1960-2018

AnnéePart des naissances vivantes hors mariage (%)
19602,1
19702,8
19804,1
199011,6
200028,0
201045,7
201852,4

Source : Tableau réalisé par Capcess d'après Eurostat, base de données, tableau demo_find (indicateurs de fécondité : proportion de naissances vivantes hors mariage), Belgique, consulté le 29 septembre 2026.

Une naissance hors mariage est celle d'un enfant dont les parents ne sont pas mariés au moment de la naissance. Naissances vivantes : naissances d'enfants vivants.


Document 2 – Code civil belge, article 143, paragraphe 1er (loi du 13 février 2003)

« Deux personnes de sexe différent ou de même sexe peuvent contracter mariage. »

Source : Code civil belge, article 143, § 1er, tel que modifié par la loi du 13 février 2003 ouvrant le mariage à des personnes de même sexe, cité sur fr.wikipedia.org (Mariage homosexuel en Belgique), consulté le 29 septembre 2026.

La loi est signée par le roi Albert II le 13 février 2003 et entre en vigueur le 1er juin 2003. La Belgique est le deuxième pays au monde, après les Pays-Bas (2001), à ouvrir le mariage aux couples de même sexe.

  1. a.

    De combien de points de pourcentage la part des naissances hors mariage a-t-elle augmenté entre 1960 et 2018 ?

  2. b.

    De combien de points de pourcentage cette part a-t-elle augmenté entre 1990 et 2000 ?

  3. c.

    Par combien cette part a-t-elle été multipliée entre 1960 et 2018 (au dixième) ?

  4. d.

    Montrez que la famille a changé depuis 1960 : deux changements, chacun expliqué.

Correction

  1. a) 1960-2018

    52,4 - 2,1 = 50,3 points de pourcentage.

  2. b) 1990-2000

    28,0 - 11,6 = 16,4 points de pourcentage.

  3. c) Multiplication

    52,4 / 2,1 ≈ 25,0 : la part des naissances hors mariage est multipliée par 25 entre 1960 et 2018.

  4. d) Changements de la famille

    Premier changement : le mariage n'est plus la condition de la vie de famille. En 1960, 2,1 % seulement des enfants naissent hors mariage ; en 2018, plus de la moitié (52,4 %). Deuxième changement : la loi reconnaît de nouveaux modèles familiaux : depuis la loi du 13 février 2003, deux personnes de même sexe peuvent se marier (document 2). Ces changements s'expliquent par la sécularisation, le recul de l'influence des religions sur la vie privée, et par de nouvelles conceptions du couple et de la liberté individuelle.

a) 50,3 points ; b) 16,4 points ; c) × 25,0 ; d) le mariage n'est plus la condition de la famille ; le mariage est ouvert aux couples de même sexe en 2003.

Barème de cet exercice

  • a : Soustraction écrite : 52,4 - 2,1 (1 point)
  • a : Résultat exact : 50,3 points de pourcentage (et non des pour cent) (1 point)
  • b : Soustraction écrite : 28,0 - 11,6 (1 point)
  • b : Résultat exact : 16,4 points de pourcentage (1 point)
  • c : Quotient écrit : 52,4 / 2,1 (1 point)
  • c : Résultat exact : 25,0 (1 point)
  • d : Premier changement expliqué avec un chiffre du document 1 (naissances hors mariage) (2 points)
  • d : Second changement expliqué avec le document 2 (mariage ouvert aux couples de même sexe en 2003) ou par la sécularisation (2 points)

Exercice 3

Ressources : questions de connaissances.

Consigne : répondez aux questions ci-dessous en vous aidant du document et de vos connaissances.

2 - Les organisations internationales : le Conseil de sécurité de l'ONU.

Document 1 – Charte des Nations Unies (1945), articles 23, 24 et 27 (extraits)

« Art. 23. – 1. Le Conseil de Sécurité se compose de onze Membres de l’Organisation. La République de Chine, la France, l’Union des Républiques socialistes soviétiques, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, et les États-Unis d’Amérique sont membres permanents du Conseil de Sécurité. […] Art. 24. – 1. Afin d’assurer l’action rapide et efficace de l’Organisation, ses membres confèrent au Conseil de Sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu’en s’acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de Sécurité agit en leur nom. […] Art. 27. – 1. Chaque membre du Conseil de Sécurité dispose d’une voix. 2. Les décisions du Conseil de Sécurité sur des questions de procédure sont prises par un vote affirmatif de sept membres. 3. Les décisions du Conseil de sécurité sur toutes autres questions sont prises par un vote affirmatif de sept de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents, […] »

Source : Charte des Nations Unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945, articles 23 (§ 1), 24 (§ 1) et 27, texte de 1945 publié dans la Revue générale de droit international public, 1946, p. 195-215, transcrit sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Conseil de sécurité : organe de l'ONU chargé du maintien de la paix. Membre permanent : État qui siège au Conseil sans limite de durée. Question de procédure : question sur l'organisation des débats (ordre du jour, réunions). Le texte cité est celui de 1945.

  1. 1.

    Combien de membres permanents le document désigne-t-il ?

  2. 2.

    Citez les cinq membres permanents, tels que le document les nomme.

  3. 3.

    Que faut-il, d'après l'article 27, paragraphe 3, pour que le Conseil adopte une décision sur une question autre que de procédure ?

  4. 4.

    Comment appelle-t-on la possibilité, pour un membre permanent, de bloquer une décision en votant contre ?

  5. 5.

    Le document est le texte de 1945. Citez deux changements survenus depuis, dans la composition du Conseil ou dans son vote.

Correction

  1. Question 1

    Le document nomme cinq membres permanents : la République de Chine, la France, l'URSS, le Royaume-Uni et les États-Unis.

  2. Question 2

    République de Chine, France, Union des Républiques socialistes soviétiques, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, États-Unis d'Amérique.

  3. Question 3

    L'article 27, paragraphe 3, exige un vote affirmatif de sept membres, parmi lesquels doivent figurer les voix de tous les membres permanents : si un membre permanent vote contre, la décision n'est pas adoptée.

  4. Question 4

    Ce privilège est le droit de veto.

  5. Question 5

    Deux changements parmi : le Conseil compte quinze membres, dont dix non permanents, et il faut neuf voix (depuis 1965) ; en 1971, la République populaire de Chine remplace la République de Chine (Taïwan) ; en 1991, la Russie reprend le siège de l'URSS.

1. cinq ; 2. Chine, France, URSS, Royaume-Uni, États-Unis ; 3. sept voix dont celles de tous les membres permanents ; 4. le droit de veto ; 5. quinze membres et neuf voix, Chine populaire en 1971, Russie en 1991.

Exercice 4

Critique des documents. Information et désinformation en temps de guerre.

Problématique : Comment la rumeur d'une usine allemande à cadavres est-elle devenue une information publiée en avril 1917 ?

Question 1. Pour chacun des documents 1, 2, 3 et 4, dites s'il est pertinent pour répondre à la problématique (oui ou non) et justifiez ; s'il ne l'est pas, expliquez pourquoi. (10 points)
Question 2. Pour chacun des documents 1 et 3, donnez deux raisons de lui faire confiance et deux raisons de vous en méfier. (8 points)

Ce que le correcteur regarde.
- Pertinence : un verdict clair pour chaque document, puis une justification qui confronte le contenu du document au thème, au lieu et à l'époque de la problématique. Un titre d'ouvrage ne tient pas lieu de thème, et la date où un document est produit n'est pas toujours celle des faits dont il parle.
- Fiabilité : pour chaque document demandé, des raisons correctes et justifiées avec des éléments du dossier.

Document 1 – The Times (Londres), 16 avril 1917, page 7 : traduction d'un article de la presse allemande

« Nous traversons Evergnicourt. Il y a dans l'air une odeur sourde, comme si l'on brûlait de la chaux. Nous passons devant le grand établissement d'utilisation des cadavres (Kadaververwertungsanstalt) de ce groupe d'armées. La graisse que l'on y obtient est transformée en huiles lubrifiantes, et tout le reste est broyé au moulin à os en une poudre qui sert à mélanger à la nourriture des porcs et comme engrais. »

Source : Passage d'un article du journal allemand Berliner Lokal-Anzeiger, traduit en anglais et publié par The Times le 16 avril 1917, p. 7, sous le titre « Use of Dead Bodies: Callous Admission » (« Usage de cadavres : un aveu cynique »), texte anglais cité sur en.wikipedia.org (German Corpse Factory), traduit en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

The Times : quotidien britannique de référence, fondé en 1785. Berliner Lokal-Anzeiger : quotidien de Berlin. En avril 1917, la Belgique est occupée par l'Allemagne et le Royaume-Uni est en guerre contre elle depuis août 1914. Le mot allemand Kadaver désigne le corps d'un animal mort ; il peut aussi désigner, plus rarement, un cadavre humain.


Document 2 – Caricature : « Cannon-Fodder—and After »

Description du dessin (l'image n'est pas reproduite ; la description ci-dessous a été rédigée par Capcess d'après la notice de Wikipédia). Le dessin s'intitule « Cannon-Fodder—and After » (« De la chair à canon, et après »). Il montre l'empereur allemand et un jeune recrue. Par une fenêtre, l'empereur désigne à la recrue une usine aux cheminées fumantes, dont l'enseigne porte le mot Kadaververwertungsanstalt. Légende : « Et n'oubliez pas que votre empereur trouvera un usage pour vous, mort ou vif. »

Source : Dessin publié dans Punch, or the London Charivari, 25 avril 1917, décrit sur en.wikipedia.org (German Corpse Factory), consulté le 29 septembre 2026.

Punch : hebdomadaire humoristique britannique, célèbre pour ses caricatures politiques. Chair à canon : soldats envoyés au combat en grand nombre, sans égard pour leur vie.


Document 3 – Lord Robert Cecil, Chambre des communes, 30 avril 1917 (extrait)

« […] compte tenu d'autres actes des autorités militaires allemandes, il n'y a rien d'incroyable dans l'accusation qui est portée aujourd'hui contre elles. »

Source : Réponse de Lord Robert Cecil à une question posée à la Chambre des communes, Londres, 30 avril 1917, extrait cité en anglais sur en.wikipedia.org (German Corpse Factory), traduit en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

Lord Robert Cecil (1864-1958) : homme politique britannique, membre du gouvernement chargé du blocus et des affaires étrangères en 1917. Dans la même réponse, il déclare n'avoir pas d'autre information que les articles de journaux, et que le gouvernement n'a ni la mission ni les moyens d'enquêter sur ces accusations.


Document 4 – Constitution belge, article 25, alinéa 1er

« Art. 25. La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie; il ne peut être exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. »

Source : Constitution belge coordonnée du 17 février 1994, article 25, alinéa 1er, texte publié sur senate.be, consulté le 29 septembre 2026.

Censure : contrôle préalable d'un écrit par une autorité, qui peut l'interdire. Cautionnement : somme d'argent que les éditeurs devaient déposer avant de publier.

  1. Question 1. Pertinence des documents 1, 2, 3 et 4. (10 points)

    1.a.

    Le document 1 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  2. 1.b.

    Le document 2 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  3. 1.c.

    Le document 3 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  4. 1.d.

    Le document 4 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  5. Question 2. Fiabilité des documents 1 et 3. (8 points)

    2.a.

    Document 1 : deux raisons de lui faire confiance.

  6. 2.b.

    Document 1 : deux raisons de vous en méfier.

  7. 2.c.

    Document 3 : deux raisons de lui faire confiance.

  8. 2.d.

    Document 3 : deux raisons de vous en méfier.

Correction

  1. Objet de la recherche

    Thème : la rumeur de l'usine à cadavres et sa reprise par la presse et les autorités. Lieu : le Royaume-Uni, l'Allemagne et le front de l'Ouest. Date : avril 1917.

  2. 1.a Document 1 : pertinent

    Oui. L'article du Times du 16 avril 1917 est le texte qui fait passer la rumeur pour une information : il traduit un article allemand par « établissement d'utilisation des cadavres ».

  3. 1.b Document 2 : pertinent

    Oui. La caricature de Punch, publiée le 25 avril 1917, montre comment l'idée est reprise et popularisée par l'humour politique neuf jours après l'article.

  4. 1.c Document 3 : pertinent

    Oui. La réponse de Lord Robert Cecil à la Chambre des communes, le 30 avril 1917, montre la réaction du gouvernement britannique à la rumeur : il ne la confirme pas mais ne la juge pas incroyable.

  5. 1.d Document 4 : non pertinent

    Non. L'article 25 de la Constitution belge, qui garantit la liberté de la presse, date de 1831 (texte coordonné de 1994) et ne dit rien de la rumeur de 1917 ni de sa diffusion.

  6. 2. Document 1 (The Times)

    Raisons de se fier : 1) c'est un grand quotidien britannique, dont la date et la page sont connues (16 avril 1917, p. 7) ; 2) il cite sa source, un journal allemand, le Berliner Lokal-Anzeiger : on peut la vérifier. Raisons de se méfier : 1) c'est une traduction : le mot Kadaver désigne le plus souvent le corps d'un animal mort, et rarement un cadavre humain, comme le rappelle la notice ; le journal a choisi le sens le plus choquant ; 2) le journal d'un pays en guerre contre l'Allemagne et son titre (« Callous Admission », un aveu cynique) orientent la lecture : c'est une période de propagande.

  7. 2. Document 3 (Cecil)

    Raisons de se fier : 1) c'est la déclaration d'un membre du gouvernement devant le Parlement, dont la date est connue (30 avril 1917) ; 2) il reconnaît honnêtement les limites de ses connaissances : il n'a pas d'autre information que les articles de journaux (notice). Raisons de se méfier : 1) c'est un responsable politique en temps de guerre, qui juge l'accusation « pas incroyable » sans preuve : cette phrase peut renforcer le soutien de l'opinion à la guerre ; 2) sa source est la même presse : le document ne vérifie rien et ne constitue pas une source indépendante ; le gouvernement ne mène pas d'enquête.

1) pertinents : 1, 2 et 3 ; non pertinent : 4. 2) documents 1 et 3 : deux raisons de se fier et deux de se méfier chacun.

Barème de cet exercice

  • 1.a : Document 1 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.a : Document 1 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.b : Document 2 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.b : Document 2 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.c : Document 3 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.c : Document 3 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.d : Document 4 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.d : Document 4 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 2.a : Document 1 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.b : Document 1 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.c : Document 3 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.d : Document 3 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)

Exercice 5

Critique des documents. La guerre du Golfe.

Problématique : Comment la guerre du Golfe (1990-1991) est-elle justifiée par les États-Unis et par l'ONU ?

Question 1. Pour chacun des documents 1, 2, 3 et 4, dites s'il est pertinent pour répondre à la problématique (oui ou non) et justifiez ; s'il ne l'est pas, expliquez pourquoi. (10 points)
Question 2. Pour chacun des documents 1 et 2, donnez deux raisons de lui faire confiance et deux raisons de vous en méfier. (8 points)

Ce que le correcteur regarde.
- Pertinence : un verdict clair pour chaque document, puis une justification qui confronte le contenu du document au thème, au lieu et à l'époque de la problématique. Un titre d'ouvrage ne tient pas lieu de thème, et la date où un document est produit n'est pas toujours celle des faits dont il parle.
- Fiabilité : pour chaque document demandé, des raisons correctes et justifiées avec des éléments du dossier.

Document 1 – George H. W. Bush, discours devant le Congrès, 11 septembre 1990 (extraits)

« Nos objectifs dans le golfe Persique sont clairs, nos buts définis et connus : l'Irak doit se retirer complètement du Koweït, immédiatement et sans condition. Le gouvernement légitime du Koweït doit être rétabli. La sécurité et la stabilité du golfe Persique doivent être assurées. Et les citoyens américains à l'étranger doivent être protégés. Ces buts ne sont pas seulement les nôtres. Ils ont été approuvés cinq fois en cinq semaines par le Conseil de sécurité des Nations unies. […] Il est clair que, désormais, un dictateur ne peut plus compter sur l'affrontement Est-Ouest pour bloquer une action concertée des Nations unies contre une agression. Un nouveau partenariat entre les nations a commencé. […] De ces temps troublés peut naître notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial : une ère nouvelle, plus libre de la menace de la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. Une ère où les nations du monde, à l'est et à l'ouest, au nord et au sud, peuvent prospérer et vivre en harmonie. »

Source : Discours du président des États-Unis George H. W. Bush devant les deux chambres du Congrès réunies, Washington, 11 septembre 1990, texte anglais publié sur en.wikisource.org, extraits traduits en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

George H. W. Bush (1924-2018) : président des États-Unis de 1989 à 1993. Le 2 août 1990, l'armée irakienne, sur ordre de Saddam Hussein, envahit le Koweït, petit État voisin. Golfe Persique : mer entre l'Iran et la péninsule arabique. Le discours est prononcé au retour d'une rencontre avec le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev à Helsinki.


Document 2 – Conseil de sécurité de l'ONU, résolution 678 (1990), 29 novembre 1990 (extrait)

« Le Conseil de sécurité, […] Agissant en vertu du chapitre VII de la Charte, […] 2. Autorise les États Membres qui coopèrent avec le gouvernement du Koweït, à moins que l'Irak n'applique pleinement, au plus tard le 15 janvier 1991, les résolutions mentionnées ci-dessus, à user de tous les moyens nécessaires pour faire respecter et appliquer la résolution 660 (1990) et toutes les résolutions pertinentes adoptées ultérieurement et pour rétablir la paix et la sécurité internationales dans la région. »

Source : Résolution 678 (1990) du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à sa 2963e séance, le 29 novembre 1990, par 12 voix contre 2 (Cuba et Yémen), avec 1 abstention (Chine), texte anglais publié sur en.wikisource.org, extrait traduit en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

La résolution 660 (1990), du 2 août 1990, condamne l'invasion du Koweït par l'Irak et exige le retrait des troupes irakiennes. Le chapitre VII de la Charte des Nations Unies permet au Conseil de sécurité de décider de sanctions ou de l'usage de la force.


Document 3 – Assemblée générale de l'ONU, résolution ES-11/1, 2 mars 2022 (extraits)

« L'Assemblée générale, […] compte tenu du fait que l'absence d'unanimité des membres permanents du Conseil de sécurité à sa 8979e séance l'a empêché d'exercer sa responsabilité principale dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, […] 2. Déplore dans les termes les plus vifs l'agression commise par la Fédération de Russie contre l'Ukraine en violation du paragraphe 4 de l'Article 2 de la Charte ; 3. Exige que la Fédération de Russie cesse immédiatement d'employer la force contre l'Ukraine […] ; 4. Exige aussi que la Fédération de Russie retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire de l'Ukraine, à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues. »

Source : Résolution ES-11/1 « Agression contre l'Ukraine » de l'Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 2 mars 2022 à la onzième session extraordinaire d'urgence, texte anglais publié sur en.wikisource.org, extraits traduits en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

Le 24 février 2022, la Russie envahit l'Ukraine. La résolution est adoptée par 141 voix pour, 5 contre et 35 abstentions. Une résolution de l'Assemblée générale n'est pas obligatoire pour les États, contrairement à une décision du Conseil de sécurité. L'article 2, paragraphe 4, de la Charte interdit la menace ou l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un État.


Document 4 – Alfred Sauvy, « Trois mondes, une planète » (extrait)

« Car enfin ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut lui aussi, être quelque chose. »

Source : Alfred Sauvy, « Trois mondes, une planète », L'Observateur, n° 118, 14 août 1952, phrase finale de l'article citée sur fr.wikipedia.org (Tiers-monde), consulté le 29 septembre 2026.

Alfred Sauvy (1898-1990) : démographe et économiste français. Tiers état : sous l'Ancien Régime, ensemble des Français qui n'appartiennent ni à la noblesse ni au clergé, et qui n'ont presque aucun pouvoir politique.

  1. Question 1. Pertinence des documents 1, 2, 3 et 4. (10 points)

    1.a.

    Le document 1 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  2. 1.b.

    Le document 2 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  3. 1.c.

    Le document 3 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  4. 1.d.

    Le document 4 est-il pertinent ? Si non, pourquoi ?

  5. Question 2. Fiabilité des documents 1 et 2. (8 points)

    2.a.

    Document 1 : deux raisons de lui faire confiance.

  6. 2.b.

    Document 1 : deux raisons de vous en méfier.

  7. 2.c.

    Document 2 : deux raisons de lui faire confiance.

  8. 2.d.

    Document 2 : deux raisons de vous en méfier.

Correction

  1. Objet de la recherche

    Thème : la justification de l'action contre l'Irak. Lieu : le golfe Persique, le Koweït, Washington et New York. Date : 1990-1991.

  2. 1.a Document 1 : pertinent

    Oui. Le discours de Bush, le 11 septembre 1990, expose les objectifs américains dans le golfe Persique et les justifie par le droit et le soutien du Conseil de sécurité : c'est la justification américaine.

  3. 1.b Document 2 : pertinent

    Oui. La résolution 678, du 29 novembre 1990, autorise les États à user de « tous les moyens nécessaires » si l'Irak ne se retire pas avant le 15 janvier 1991 : c'est la justification de l'ONU.

  4. 1.c Document 3 : non pertinent

    Non. La résolution ES-11/1 date du 2 mars 2022 et concerne l'invasion de l'Ukraine par la Russie : ni l'époque, ni le lieu, ni le conflit ne correspondent.

  5. 1.d Document 4 : non pertinent

    Non. La phrase de Sauvy date de 1952 et porte sur le tiers monde : elle ne dit rien du conflit du Golfe.

  6. 2. Document 1 (Bush)

    Raisons de se fier : 1) c'est un discours officiel du président des États-Unis, devant le Congrès, dont la date et le lieu sont sûrs ; 2) il s'appuie sur des faits que l'on retrouve ailleurs : l'invasion du Koweït le 2 août 1990, les résolutions successives du Conseil de sécurité. Raisons de se méfier : 1) c'est un discours politique, destiné à obtenir le soutien du Congrès et de l'opinion à l'envoi de troupes : Bush présente le conflit comme « l'Irak contre le monde » ; 2) il place des intérêts américains (protéger les citoyens, la stabilité de la région) à côté des principes et annonce un nouvel ordre mondial idéal : il n'énonce pas tout et ce sont des extraits traduits.

  7. 2. Document 2 (résolution 678)

    Raisons de se fier : 1) c'est un texte officiel du Conseil de sécurité, dont la date, la séance et le vote sont connus (29 novembre 1990, 2963e séance, 12 voix contre 2 et 1 abstention) ; 2) il renvoie à des textes précédents et au chapitre VII de la Charte, que l'on peut vérifier. Raisons de se méfier : 1) c'est un compromis négocié entre États qui défendent des intérêts, les États-Unis en tête : « tous les moyens nécessaires » est une formule vague qui laisse chaque État libre de l'interpréter ; 2) le vote n'est pas unanime : Cuba et le Yémen votent contre et la Chine s'abstient, ce qui montre que la légitimité de l'action est discutée ; c'est aussi un extrait traduit.

1) pertinents : 1 et 2 ; non pertinents : 3 et 4. 2) documents 1 et 2 : deux raisons de se fier et deux de se méfier chacun.

Barème de cet exercice

  • 1.a : Document 1 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.a : Document 1 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.b : Document 2 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.b : Document 2 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.c : Document 3 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.c : Document 3 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 1.d : Document 4 : identifié comme pertinent ou non pertinent, sans erreur (1 point)
  • 1.d : Document 4 : justification correcte et complète par le thème, le lieu et la date, en citant le contenu (1.5 points)
  • 2.a : Document 1 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.b : Document 1 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.c : Document 2 : deux raisons de se fier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)
  • 2.d : Document 2 : deux raisons de se méfier correctes, chacune justifiée par un élément du dossier (2 points)

Exercice 6

Synthèse. La géopolitique mondiale et les organisations internationales.

Problématique : Comment le rôle de l'ONU et l'ordre mondial évoluent-ils de 1945 à 2022 ?

Consigne : rédigez la synthèse qui répond à cette problématique à partir des documents 1 à 6 et de vos connaissances. Votre copie comprend trois parties.
- Une introduction (10 lignes au plus) : elle reprend la problématique et la replace dans son contexte historique grâce à vos connaissances.
- Un développement (15 lignes au plus) d'au moins deux paragraphes : il présente de façon organisée les éléments de réponse que fournissent les documents, chacun situé dans le temps et suivi, entre parenthèses, du numéro du ou des documents dont il provient.
- Une conclusion (10 lignes au plus) : elle répond à la problématique.

Ce que le correcteur regarde.
- Introduction : la problématique est reprise et au moins trois savoirs (événements, notions) l'éclairent.
- Développement : au moins cinq informations exactes venant des documents, chacune rattachée à son document et à un repère de temps, dans un texte bien construit.
- Conclusion : elle répond à la problématique et reste cohérente avec le développement.
- Langue : écriture soignée, lisible, phrases correctes.

Total : 30 points.

Document 1 – Charte des Nations Unies (1945), articles 23, 24 et 27 (extraits)

« Art. 23. – 1. Le Conseil de Sécurité se compose de onze Membres de l’Organisation. La République de Chine, la France, l’Union des Républiques socialistes soviétiques, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, et les États-Unis d’Amérique sont membres permanents du Conseil de Sécurité. […] Art. 24. – 1. Afin d’assurer l’action rapide et efficace de l’Organisation, ses membres confèrent au Conseil de Sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu’en s’acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de Sécurité agit en leur nom. […] Art. 27. – 1. Chaque membre du Conseil de Sécurité dispose d’une voix. 2. Les décisions du Conseil de Sécurité sur des questions de procédure sont prises par un vote affirmatif de sept membres. 3. Les décisions du Conseil de sécurité sur toutes autres questions sont prises par un vote affirmatif de sept de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents, […] »

Source : Charte des Nations Unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945, articles 23 (§ 1), 24 (§ 1) et 27, texte de 1945 publié dans la Revue générale de droit international public, 1946, p. 195-215, transcrit sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Conseil de sécurité : organe de l'ONU chargé du maintien de la paix. Membre permanent : État qui siège au Conseil sans limite de durée. Question de procédure : question sur l'organisation des débats (ordre du jour, réunions). Le texte cité est celui de 1945.


Document 2 – Traité de Versailles (1919), article 231

« Art. 231. Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements aidés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés. »

Source : Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, partie VIII (Réparations), Berger-Levrault, 1920, p. 130, texte sur fr.wikisource.org, consulté le 29 septembre 2026.

Traité de Versailles : traité de paix signé le 28 juin 1919 entre l'Allemagne et les puissances alliées et associées, dont la Belgique.


Document 3 – George H. W. Bush, discours devant le Congrès, 11 septembre 1990 (extraits)

« Il est clair que, désormais, un dictateur ne peut plus compter sur l'affrontement Est-Ouest pour bloquer une action concertée des Nations unies contre une agression. Un nouveau partenariat entre les nations a commencé. […] De ces temps troublés peut naître notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial : une ère nouvelle, plus libre de la menace de la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. Une ère où les nations du monde, à l'est et à l'ouest, au nord et au sud, peuvent prospérer et vivre en harmonie. »

Source : Discours du président des États-Unis George H. W. Bush devant les deux chambres du Congrès réunies, Washington, 11 septembre 1990, texte anglais publié sur en.wikisource.org, extraits traduits en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

George H. W. Bush (1924-2018) : président des États-Unis de 1989 à 1993. Le 2 août 1990, l'armée irakienne, sur ordre de Saddam Hussein, envahit le Koweït, petit État voisin. Golfe Persique : mer entre l'Iran et la péninsule arabique. Le discours est prononcé au retour d'une rencontre avec le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev à Helsinki.


Document 4 – Conseil de sécurité de l'ONU, résolution 678 (1990), 29 novembre 1990 (extrait)

« Le Conseil de sécurité, […] Agissant en vertu du chapitre VII de la Charte, […] 2. Autorise les États Membres qui coopèrent avec le gouvernement du Koweït, à moins que l'Irak n'applique pleinement, au plus tard le 15 janvier 1991, les résolutions mentionnées ci-dessus, à user de tous les moyens nécessaires pour faire respecter et appliquer la résolution 660 (1990) et toutes les résolutions pertinentes adoptées ultérieurement et pour rétablir la paix et la sécurité internationales dans la région. »

Source : Résolution 678 (1990) du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à sa 2963e séance, le 29 novembre 1990, par 12 voix contre 2 (Cuba et Yémen), avec 1 abstention (Chine), texte anglais publié sur en.wikisource.org, extrait traduit en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

La résolution 660 (1990), du 2 août 1990, condamne l'invasion du Koweït par l'Irak et exige le retrait des troupes irakiennes. Le chapitre VII de la Charte des Nations Unies permet au Conseil de sécurité de décider de sanctions ou de l'usage de la force.


Document 5 – Deux thèses sur l'ordre mondial après 1989

Résumé rédigé par Capcess (document fictif dans sa forme). Après la fin de la guerre froide, deux thèses célèbres décrivent le monde.

  • En 1989, le politologue américain Francis Fukuyama écrit dans un article que la fin de la guerre froide marque la victoire de la démocratie libérale, qui pourrait devenir la forme finale de gouvernement : c'est la « fin de l'histoire ».
  • En 1993, le politologue américain Samuel Huntington répond que les conflits de l'avenir seront moins idéologiques ou économiques que culturels : ils opposeront des civilisations, c'est le « choc des civilisations ».

Source : Résumé rédigé par Capcess d'après Francis Fukuyama, « The End of History? », The National Interest, été 1989, et Samuel P. Huntington, « The Clash of Civilizations? », Foreign Affairs, été 1993, tels que les présente Wikipédia, consulté le 29 septembre 2026.

Politologue : spécialiste de la science politique, l'étude du pouvoir et des États. Une thèse est une position défendue par un auteur, qui peut être discutée.


Document 6 – Assemblée générale de l'ONU, résolution ES-11/1, 2 mars 2022 (extraits)

« L'Assemblée générale, […] compte tenu du fait que l'absence d'unanimité des membres permanents du Conseil de sécurité à sa 8979e séance l'a empêché d'exercer sa responsabilité principale dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, […] 2. Déplore dans les termes les plus vifs l'agression commise par la Fédération de Russie contre l'Ukraine en violation du paragraphe 4 de l'Article 2 de la Charte ; 3. Exige que la Fédération de Russie cesse immédiatement d'employer la force contre l'Ukraine […] ; 4. Exige aussi que la Fédération de Russie retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire de l'Ukraine, à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues. »

Source : Résolution ES-11/1 « Agression contre l'Ukraine » de l'Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 2 mars 2022 à la onzième session extraordinaire d'urgence, texte anglais publié sur en.wikisource.org, extraits traduits en français par Capcess, consulté le 29 septembre 2026.

Le 24 février 2022, la Russie envahit l'Ukraine. La résolution est adoptée par 141 voix pour, 5 contre et 35 abstentions. Une résolution de l'Assemblée générale n'est pas obligatoire pour les États, contrairement à une décision du Conseil de sécurité. L'article 2, paragraphe 4, de la Charte interdit la menace ou l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un État.

Correction

  1. Trier les documents

    Le document 2 (traité de Versailles, 1919) n'est pas pertinent : il date d'avant la création de l'ONU et concerne la responsabilité de l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale, pas l'organisation du monde après 1945. Les documents 1, 3, 4, 5 et 6 fournissent les étapes.

  2. Plan

    1) l'ONU de 1945 (document 1) ; 2) le monde d'après la guerre froide : nouvel ordre mondial et action de l'ONU en 1990 (documents 3, 4 et 5) ; 3) l'ONU bloquée en 2022 (document 6).

  3. Copie modèle

    L'ONU et l'ordre mondial, monde, de 1945 à 2022.

    Introduction. En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'ONU est créée pour maintenir la paix par la sécurité collective. Le monde est alors dominé par deux grandes puissances, les États-Unis et l'URSS, et la guerre froide le divise en deux blocs jusqu'en 1989-1991. Comment le rôle de l'ONU et l'ordre mondial évoluent-ils de 1945 à 2022 ? Nous verrons d'abord la place donnée à l'ONU en 1945, puis son rôle dans le monde d'après la guerre froide.

    Développement. En 1945, la Charte confie au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et donne aux cinq membres permanents un droit de veto, puisque toute décision exige leurs voix (document 1). En septembre 1990, le président américain Bush estime qu'un dictateur ne peut plus compter sur l'affrontement Est-Ouest pour bloquer l'ONU et annonce un nouvel ordre mondial (document 3). Le 29 novembre 1990, le Conseil autorise par 12 voix contre 2 et une abstention l'usage de tous les moyens nécessaires contre l'Irak (document 4). Deux thèses décrivent alors le monde : la fin de l'histoire (1989) et le choc des civilisations (1993) (document 5). Le 2 mars 2022, l'Assemblée générale déplore l'agression de la Russie contre l'Ukraine, car le Conseil n'a pas pu agir faute d'unanimité de ses membres permanents (document 6).

    Conclusion. Le rôle de l'ONU dépend de l'accord des grandes puissances : en 1990, elles s'entendent et le Conseil autorise l'action contre l'Irak ; en 2022, la Russie, membre permanent, bloque le Conseil et l'Assemblée générale, dont les résolutions n'obligent pas, ne peut que condamner. Le nouvel ordre mondial annoncé en 1990 ne s'est pas imposé : le monde est moins unipolaire que multipolaire.

  4. Barème

    Introduction : au moins trois savoirs (création de l'ONU en 1945, sécurité collective, deux blocs de la guerre froide, fin de la guerre froide), question rappelée. Développement : au moins cinq éléments des documents, avec leur numéro et leur date. Conclusion : réponse à la question. Barème : le jury central publie les critères de sa synthèse (introduction, développement, conclusion, langue) mais pas leur répartition ; les points ci-dessous sont ceux de Capcess, calqués sur la grille de l'épreuve externe du CESS d'histoire 2022 (20, 60, 15 et 5 points sur 100) ramenée à 30.

L'ONU agit quand les grandes puissances s'accordent (1990) et reste bloquée quand un membre permanent s'y oppose (2022) : l'ordre mondial annoncé en 1990 ne s'impose pas.

Barème de cet exercice

  • Introduction : la problématique est rappelée (2 points)
  • Introduction : au moins trois éléments de savoirs contextuels ou conceptuels exacts et pertinents (3 points)
  • Introduction : phrase d'amorce et annonce du plan (1 point)
  • Développement : au moins cinq éléments de réponse exacts tirés des documents (2 points chacun) (10 points)
  • Développement : le ou les documents d'où vient chaque élément sont cités entre parenthèses (3 points)
  • Développement : les éléments sont situés dans le temps (repères de temps exacts) (2 points)
  • Développement : au moins deux paragraphes, une idée principale par paragraphe, sans résumé des documents ni passage recopié (3 points)
  • Conclusion : elle répond à la problématique avec les éléments essentiels du développement (3 points)
  • Conclusion : elle est cohérente avec le développement (rien de nouveau) et peut ouvrir sur un prolongement (1.5 points)
  • Langue : soin, lisibilité, syntaxe (1.5 points)

Programme et consignes

Les consignes dépendent du cycle. Vérifie celles de ton inscription ; les exemples officiels ne couvrent pas tout le programme.